“Frais d’inscription : une manipulation sur Campus France (II)”

Pour bien comprendre la nature de la manipulation opérée par les ministères de tutelle de Campus France (Affaires Étrangères et Enseignement Supérieur et Recherche), explicitions les détails.

Dans la procédure précédente, les étudiants postulant à une première année universitaire effectuaient trois vœux et chaque dossier était comptabilisé exactement une fois de plus que le nombre de rejets, donc :

• une seule fois en cas d’acceptation par la première université sollicitée,
• deux fois en cas de rejet par la première et d’acceptation par la seconde,
• trois fois en cas de rejet par les deux premières universités sollicitées.

Avec la nouvelle procédure, chaque dossier devra être traité trois fois, quelle que soit son degré d’avancement dans les commissions d’admission. Il sera ainsi comptabilisé trois fois dans les statistiques de demandes d’admission.

Pour fixer les idées, dans l’hypothèse toute théorique où 1/3 des demandes seraient rejetées aux étapes 1 et 2, la nouvelle méthode d’enregistrement implique ainsi une augmentation artificielle de 50% du nombre des demandes par rapport à la comptabilisation antérieure. (À noter que l’ancienne procédure conduisait déjà à un doublement du nombre des candidatures à l’entrée à l’université française. La nouvelle procédure augmente encore, dans l’hypothèse de travail indiquée, une augmentation supplémentaire de 50%.)

L’existence et la mise en place de cette nouvelle formule est attestée par les documents suivants :

(1) Campus France : (DAP – Demande d’admission préalable) : […] Votre dossier de candidature sera examiné en même temps par les 3 universités que vous aurez demandées […], date du 8 avril 2019
(2) Campus France pour le Maroc (en date du 8 avril 2019) :
“L’examen des 3 vœux se fera dorénavant en parallèle par les trois établissements, sans transmission du dossier de candidature d’un établissement à un autre. Le déséquençage du traitement des vœux sera effectif à partir du 29 mars dans la plateforme Études en France.

Les conséquences de ce changement de pied au milieu du gué sont multiples :

(a) Localement, les universités perdent une grande partie de la visibilité sur les effectifs d’étudiants susceptibles d’être présents lors de leurs rentrées universitaires.

(b) Le passage à la nouvelle formule ne pourra être exploité par les commissions d’admission qu’après le 10 mai, ce qui les contraint à travailler à l’aveugle pendant 6 semaines. Pire encore : il semble, aux derniers pointages, que l’historique des vœux disparaisse complètement de la plateforme “Études en France”, ce qui interdira à terme toute analyse quantitative.

(c) Les commissions d’admission se voient imposer une surcharge de travail en étant contraintes de statuer sur toutes les demandes, avant le 15 mai, et cela sans aucun intérêt prospectif ou pédagogique. La seule conséquence est de conforter la communication gouvernementale.

(d) Le changement de méthode en cours de procédure induit une iniquité dans le traitement des dossiers étudiants. Un étudiant dont le premier vœu a déjà été accepté va spontanément répondre favorablement, alors qu’un étudiant recevant plusieurs avis favorables bénéficiera d’un choix au terme de la nouvelle procédure (voir Campus France : […] Réponse de l’étudiant : avant le 17 mai 2019. Si vous avez reçu plusieurs propositions d’acceptations, vous devrez faire un choix. […], date du 8 avril 2019).

Thomas Stoll et Gérald Tenenbaum

Carton rouge au ministère !

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