Frais d’inscription : une manipulation sur Campus France (IV)

Quelques observations supplémentaires concernant le changement de traitement des candidatures d’inscription à l’université pour les candidats étrangers en première année.

Point 1 : La date du changement de procédure
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Selon les explications de la direction de Campus France reprises dans une récente dépêche d’AEF-info l’agence de promotion de l’enseignement supérieur français indique que la modification de la procédure était prévue “depuis longtemps”. La direction de Campus France ajoute ensuite que la date de mise en application a été décalée au 2 avril “pour des raisons techniques”.

On peut légitiment s’interroger : Si la modification de procédure était prévue depuis longtemps, pourquoi n’a-t-elle pas été mise en place au début du mouvement ? Si des problèmes techniques ont survenu, pourquoi la nouvelle procédure n’a-t-elle pas été reportée à la rentrée prochaine ?

Une procédure qui se trouve modifiée en cours de route n’a rien de rassurant pour un candidat. Même le ministère (envoi du 5 avril aux services universitaires précisant le changement de traitement des DAP blanches) indique : “compte tenu de la modification tardive de la réglementation, il y a des risques que certains candidats passent à côté de l’information.”

Quelle urgence y avait-il à faire ces changements ? Peut-on raisonnablement croire qu’ils n’ont pas été provoqués par la forte contestation des milieux universitaires, dont l’un des arguments est précisément une baisse du nombre des candidatures ? En effet, même si, comme l’affirme Campus France, ce sont les dossiers et non les candidatures qui sont comptabilisées, la nouvelle procédure prive totalement les établissements de points de comparaison avec les années passées et empêchent de facto une discussion étayée sur les effets de cette réforme.

Point 2 : Les chiffres
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Dans la même dépêche d’AEF-info Béatrice Khaiat, directrice générale de Campus France, indique également qu’au “26 mars 2019, le nombre de candidats en première année de licence était de 30 569, soit une quasi-stabilité par rapport à 2018 (-1,06 %)”.

Les chiffres exacts de la Faculté des Sciences et Technologies (FST) de l’université de Lorraine arrêtés à la même date du 26 mars 2019 toute formation confondues et en incluant la totalité des dossiers en cours d’instruction, montrent une très forte baisse. En 2018, la FST a reçu 877 dossiers pour la première année universitaire sur toute l’année. Au 26 mars 2019, uniquement 312 ont été envoyé à la FST, et 90 dossiers étaient en cours d’instruction. La visualisation du fichier de la scolarité a montré une chute drastique des demandes par rapport à la même date en 2018.

Le Doyen de la FST motivait notamment ainsi, le 5 février dernier, la suspension de ses activités administratives :

“Le nombre total de dossiers transmis l’an dernier à notre UFR dépassait 12000.” 
“Le 23 janvier elles représentaient seulement 32% de celles déposées à la même date l’an dernier (1500 sur 4000), dont seulement 216 dossiers transmis à la scolarité.”
“La situation au 4 février indiquait un nombre de candidatures qui a légèrement augmenté par rapport au 23 janvier, mais qui n’atteignent que 41% de celles de l’an dernier à la même date. Les dossiers qui nous ont été transmis sont au nombre de 363.”

Si l’hypothèse d’une quasi-stabilité (-1,06%) indiquée par Campus France pour notre établissement était avérée, cela signifierait que le changement de procédure aurait affecté une très grande proportion de dossiers et donc que l’opacité locale est installée. Les universités devraient ainsi préparer leurs rentrées à l’aveugle. Est-ce vraiment le résultat souhaité ?

Point 3 : Engagement de l’établissement et transparence
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Le président Mutzenhardt (Université de Lorraine) s’est exprimé ainsi le 20 mars 2019 concernant l’exonération partielle :

“Pour être soutenable dans la durée, cet engagement [l’exonération partielle] implique que, dans le cadre de ce processus d’examen de dossier sur des critères de qualité académique, le volume des candidatures acceptées soit globalement comparable à celui des années passées pour votre composante. J’y serai tout particulièrement vigilant.

L’engagement d’un établissement universitaire s’inscrit dans un cycle pluri-annuel. Il s’agit de donner à nos étudiants la meilleure formation possible et par conséquent d’adapter les moyens à cette cause. Avec la nouvelle donne, un avis favorable n’implique plus une admission, certains candidats seront en mesure de choisir leur université d’accueil, notamment en fonction des possibilités d’exonération. Le travail des commissions d’admission devient une mission impossible. Statuer sur la qualité académique d’un dossier fait partie de leurs compétences, mais spéculer à l’aveugle sur les stratégies des autres établissements et des candidats n’est pas et ne doit pas être de leur ressort.

Conserver le principe d’une augmentation drastique des droits en l’assortissant d’une possibilité d’exonération est non seulement contraire à la tradition d’accueil et d’universalisme de la France, c’est aussi le gage d’un dysfonctionnement majeur de nos structures.

La directrice générale de Campus France indique également dans la dépêche d’AEF-info que, quant à la modification de la procédure d’examen des vœux, “l’objectif poursuivi est double : le candidat n’a plus à hiérarchiser ses vœux et pourra ainsi recevoir davantage de propositions ; de plus, les universités bénéficient de davantage de temps pour examiner les candidatures”.

Dans la précédente formule, le travail des commissions était réparti en trois phases, arrêtées aux dates des 15/4, 15/5 et 8/6, avec une totale visibilité à chaque étape. On leur demande à présent d’examiner beaucoup plus de vœux et de rendre les décisions finales au 10/5, soit avant la date précédemment retenue pour la deuxième phase. Voilà donc ce qui est présenté comme accordant “davantage de temps aux commissions d’admissions” !

Thomas Stoll et Gérald Tenenbaum


NB : Ce texte reste d’actualité, aussi après publication du décret (21 avril 2019).

Liens :
dépêche d’AEF-info
Pétition sur change.org

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